L'information élevage par l'Alliance Pastorale

Parasitisme ovin : le bilan d’un été 2026 sous haute tension pour les agneaux

Situation sanitaire oût / septembre 2026

L’analyse des bilans coprologiques réalisés entre le 11 juin et le 10 août 2026 dresse un état des lieux précis des pressions parasitaires au pâturage. Entre météo estivale, cycles biologiques des parasites et dynamiques d’herbage, le point sur les enseignements à retenir pour ajuster la conduite sanitaire des troupeaux.


(Cf Bulletin de l'Alliance N°979 - Septembre 2026)

Le binôme Strongles-Tænia au cœur des priorités

Sur la période estivale, la quasi-totalité des analyses met en évidence une présence massive de Strongles Gastro-Intestinaux (SGI), avec une prévalence oscillant entre 87 % et plus de 95 %. Les conditions météorologiques chaudes (optimales entre 18 et 25 °C), ponctuées d’épisodes orageux assurant une humidité relative minimale, ont permis le développement continu des larves infestantes (L3). Dans les zones où la pousse de l’herbe a ralenti, le surpâturage a forcé les brebis et les agneaux à raser le sol, là où la densité parasitaire est maximale.


En parallèle, le Tænia (Moniezia spp.) concerne près de 44 % des prélèvements. Ce parasite, dont le cycle dépend des acariens oribates présents dans le feutrage de la prairie, trouve en conditions sèches et ensoleillées un terrain propice. L’association SGI/Tænia constitue ainsi la menace directe principale pour la croissance et l’état corporel des agneaux à l’herbe cet été.


Petite Douve : une vigilance indispensable sur les zones à risque

Avec près de 28 % de positivité, la Petite Douve (Dicrocoelium dendriticum) confirme sa large implantation sur les parcelles sèches et calcaires. Contrairement aux parasites de zones humides, son cycle repose sur des hôtes intermédiaires strictement terrestres (escargots terrestres puis fourmis).

Le temps chaud favorise l’activité des fourmis et leur comportement de fixation au sommet des brins d’herbe, facilitant leur ingestion par le bétail. Un traitement ciblé s’impose sur les parcelles, en rappelant que les douvicides classiques pour la Grande Douve restent inefficaces : seules des molécules adaptées à posologies spécifiques permettent d’enrayer l’infestation.


Coccidies en baisse, Paramphistomes en hausse sur l’herbe résiduelle

L’évolution au cours des semaines révèle deux tendances marquées :

- Déclin net des coccidies : Détectées à 28,6 % en juin, elles tombent à 4,3 % début août. Les oocystes, très vulnérables aux rayons UV et à la dessiccation du sol, ont vu leur survie chuter avec l’assèchement estival.

- Grande Douve quasi absente (0,7 %), mais progression du Paramphistome : Présent dans 11 % des analyses globales, le paramphistome a bondi à 30,4 % des détections en août. En période de restriction hydrique, les troupeaux se reportent sur les zones fraîches et humides (abords de ruisseaux, fonds de vallées), multipliant les risques d’ingestion des métacercaires enkystées.


Adapter ses décisions grâce au décalage météo

Pour interpréter au mieux la situation de son élevage, il convient de croiser les relevés pluviométriques et thermiques locaux en intégrant le délai de prépatence : il s’écoule en moyenne 2 à 3 semaines entre l’ingestion des larves au pré et l’excrétion visible d’œufs à l’analyse coprologique. Une corrélation météo pertinente s’évalue ainsi toujours avec un décalage de 15 à 21 jours avant la date du diagnostic.


Luc Rozette - Dr Vétérinaire

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