- Par AP
Bûcheronner en toute sécurité
Les travaux d’abattage, de débardage, de débroussaillage, d’élagage sont courants dans les exploitations. Cet article a pour objectif de rappeler aux éleveurs ou les sensibiliser aux précautions à prendre lorsqu’ils effectuent des travaux forestiers ou du bûcheronnage (pour éclaircir des lisières, aménager des parcelles boisées, récolter du bois de chauffage, dégager des branches, etc.). Vous y trouverez conseils pratiques, exemples concrets et rappels réglementaires.
Pourquoi prêter attention à la sécurité ?
Pour un éleveur, le bois sur l’exploitation – haies, bois de chauffage, taillis dans les parcelles périphériques – peut constituer une ressource importante. Mais souvent, le bûcheronnage est une activité “accessoire”, réalisée sans toujours disposer de la formation minimum ou des équipements professionnels. Or les chantiers forestiers (même modestes) présentent des risques élevés : chutes d’arbres, projection de bois, glissades, usage d’outils coupants ou motorisés, pentes, instabilité du terrain…
Chaque année, des accidents graves surviennent, même chez des « amateurs » bien intentionnés. Il est donc essentiel de préparer rigoureusement chaque chantier, d’anticiper les risques, et de respecter les bonnes pratiques. Les organismes de prévention, comme la MSA, proposent des guides de sécurité et des formations pour prévenir ces accidents.
Planification du chantier : de la théorie à la réalité
Avant de toucher à la tronçonneuse, il faut :
Étudier le site
- Identifier les zones de travail, les pentes, les points d’accès, les zones de retrait pour les personnes.
- Repérer les obstacles (rochers, trou, racines, souches instables).
- Vérifier l’accessibilité des secours et la couverture téléphonique (on recommande que le chantier ait une couverture au moins pour le numéro d’urgence 112).
- Prévoir un point de rassemblement ou de rencontre pour les secours.
- S’assurer que le sol est stable (éviter de travailler après de fortes pluies dans des zones glissantes).
Dimensionner des zones de sécurité
- Lorsqu’il y a plusieurs opérateurs, respecter une distance entre deux personnes sur un chantier d’abattage égale à deux fois la hauteur de l’arbre (pour éviter les zones de retombée ou de ricochet).
- Définir des zones interdites d’accès (secteurs d’abattage et de débardage) pour les personnes ou les animaux.
- Marquer les zones où les branches ou morceaux peuvent tomber, et dégagez-les avant de commencer.
Séquencer des opérations
Découper le travail en étapes claires.
- Dégagement de l’environnement (branches, broussailles, obstacles).
- Abattage (avec choix de direction et plan de chute).
- Ébranchage et délignage.
- Évacuation et débardage.
Chaque étape doit être anticipée, avec les moyens appropriés.
Équipement individuel de protection (EPI) : se protéger pour travailler
L’un des points les plus critiques : les protections personnelles. La MSA insiste fortement sur le port obligatoire d’équipements adaptés.
Pour tous les intervenants
- Casque forestier (avec visière et protecteurs auditifs).
- Gants de protection résistants.
- Chaussures ou bottes de sécurité (avec embout acier et, idéalement, anti-coupure).
- Vêtements de signalisation (haute visibilité, bandes réfléchissantes)
Pour l’opérateur de tronçonneuse
En plus des équipements ci-dessus :
- Pantalon anti-coupure (niveau 1, 2 ou 3 selon l’usage).
- Chaussures ou bottes anti-coupure (avec semelle crantée, sans parties métalliques volantes).
- Casque forestier complet (avec casque + visière + cache-oreilles).
- Protection auditive (casque antibruit ou bouchons compatibles).
- (Optionnel) équipements spécifiques comme manchons ou jambières anti-coupure.
Il faut s’assurer que tous les équipements soient en bon état, ajustés à la taille de l’utilisateur et bien entretenus.

Bonnes pratiques pour l’abattage
L’abattage est l’étape la plus dangereuse. Une mauvaise technique ou un imprévu peut coûter cher.
Voici quelques préconisations :
Choix de l’orientation et plan de chute
- Avant de tronçonner, réfléchir à la direction de chute désirée (terrain, pente, vent).
- Prendre en compte la hauteur de l’arbre, les branches, l’inclinaison, éventuellement une corde de traction pour guider la chute.
- Créer une entaille d’abattage (une coupe de direction) avec angle et largeur appropriés, puis une coupe d’abattage principale.
Zones de refoulement
- Dès que la coupe d’abattage est terminée, l’opérateur doit se réfugier rapidement en zone libre (arrière, loin de la zone de chute).
- lNe jamais rester en avant de la ligne de coupe.
- lLes collègues doivent se tenir en dehors de la zone de danger.
Gestion des arbres instables
- Si l’arbre est incliné, voûté ou déjà fragilisé, prévoir des techniques spéciales (coupures progressives, cordage, haubanage).
- l En présence d’arbres croisés ou enchevêtrés, anticiper les mouvements imprévus lors de la chute.
Exemple concret
Supposons que vous souhaitez abattre un chêne d’environ 15 mètres de haut, sur une parcelle avec une légère pente. Vous choisissez une direction de chute vers l’aval, pour que l’arbre tombe dans le sens de la pente (moins de résistance). Vous faites une entaille en “coin” (environ 1/3 du diamètre du tronc), puis la coupe d’abattage un peu plus haut, en laissant une charnière pour guider la chute. Dès que le tronc commence à basculer, vous vous repliez derrière l’arbre tombé, en direction opposée à la chute. Les autres opérateurs attendent dans une zone sécurisée.
Ébranchage, délignage et débardage
Une fois l’arbre au sol, d’autres opérations prennent le relais, avec leurs propre lot de dangers.
Ébranchage
- Toujours travailler sur le coté opposé du tronc où vous êtes assis ou au sol (éviter de se tenir sous la branche coupée).
- Utiliser des cales pour éviter que le tronc ne bouge brutalement.
- Attention aux “effets de ressort” si la branche ou le tronc est en tension : la coupe peut provoquer un mouvement soudain.
Délignage (coupe du tronc en sections)
- Toujours couper dans un sens sûr (vers l’extérieur, jamais vers soi).
- Stabiliser le tronc si nécessaire (par des cales, cales de bois, coins).
- Attention à la rotation possible du tronc lorsque vous coupez des sections.
Débardage (évacuation du bois)
- Choisir un itinéraire d’évacuation clair et sécurisé.
- Ne pas tirer des charges trop lourdes à la force du corps ; utiliser des treuils, palans, chevaux de trait, machines forestières si disponibles.
- Attention aux obstacles, aux racines, aux trous dans le sol.
- Ne jamais traverser la zone de chargement ou de déchargement quand l’opération est en cours.
Spécificités liées à l’élevage : cohabitation chantier/bétail
En tant qu’éleveur, vous devez prévoir comment le travail forestier interagit avec vos animaux :
- Éloigner le bétail de la zone de chantier : clôtures temporaires, mise à l’abri pendant le chantier.
- Attention aux chutes de branches dans les pâtures voisines, même si l’arbre tombe “dans le bon sens” : les ricochets ou rebonds sont possibles.
- Durant les travaux, limiter l’accès des animaux à proximité immédiate jusqu’à stabilisation complète des branches et troncs.
- Le bruit (tronçonneuses, machines) peut stresser le bétail : prévoir des horaires compatibles, surveiller les réactions des animaux.
Astuces et bonnes habitudes
Voici quelques astuces issues de retours de terrain et des guides de la MSA :
- Faire un bilan rapide des compétences : si vous ou des collaborateurs n’êtes pas formés, envisager de confier certaines tâches à un professionnel.
- Réaliser une formation “utilisation en sécurité de la tronçonneuse” via le service de prévention de votre MSA (elles sont souvent proposées).
- Avant de démarrer, faire un “tour de chantier” : observer l’environnement, dérouler mentalement les phases d’abattage.
- Stabiliser les troncs couchés : immobiliser avec des coins ou cales avant toute découpe.
- Maintenir régulièrement les outils : affûtage, graissage, contrôle des chaînes, tension correcte, état des protège-chaînes.
- Éviter de travailler seul. Si ce n’est pas possible, au moins avertir une tierce personne de l’emplacement et de l’horaire.
- Prévoir une trousse de premiers secours sur le chantier, avec du matériel adapté (gaze, bandes, compresses, ciseaux, garrot ou pansement compressif).
- Faire des pauses et ne pas effectuer des opérations lourdes en état de fatigue.
- Rédiger ou garder un plan de prévention pour les chantiers impliquants des tiers ou des salariés.
Réglementation et responsabilité
Même si certaines interventions forestières sur une exploitation agricole peuvent sembler “faciles”, plusieurs obligations réglementaires ou responsabilités s’appliquent :
Rôle de l’employeur / exploitant
Si le travail est réalisé par des salariés (salariés agricoles, ouvriers), l’exploitant est soumis au Code du travail et doit notamment :
- Assurer la sécurité des travailleurs (définition des mesures de prévention, formation, équipement, contrôle).
- Réaliser une évaluation des risques professionnels (document unique) et intégrer les travaux forestiers comme activité spécifique risquée.
- Mettre à disposition les EPI requis et veiller à leur utilisation correcte.
- Organiser les secours, la formation et les interventions en cas d’accident.
Responsabilité civile et assurances
En tant qu’exploitant ou propriétaire, vous pouvez être civilement responsable si les travaux causent dommages à des personnes ou des biens.
Assurez-vous que votre assurance (responsabilité civile exploitation, multirisque agricole) couvre les interventions bois/forestières.
Si vous faites intervenir un prestataire, formalisez par contrat les obligations de sécurité (clause de transfert de responsabilité, vérification d’assurance).
Réglementation forestière
Si l’abattage concerne des zones classées ou des forêts relevant du régime forestier, des autorisations ou déclarations peuvent être nécessaires (selon le régime forestier ou les servitudes locales).
Respectez les prescriptions locales (plans d’occupation des sols, zones Natura 2000, servitudes de protection).
En cas de bois de chauffage ou de débardage avec transport public, respecter les normes de transport (charge, sécurité routière).
Dans certaines communes, une déclaration ou autorisation de coupe peut être exigée, en particulier pour des arbres remarquables ou des zones protégées.
Obligation de formation
Certains travaux, notamment l’usage de tronçonneuses, nécessitent que l’opérateur ait reçu une formation sécuritaire (par exemple « CACES tronçonneuse » ou formation équivalente). La MSA propose des sessions de formation pour l’utilisation en sécurité de la tronçonneuse. Renseignez-vous auprès de celle de votre secteur.
En conclusion
Pour un éleveur, mener des travaux forestiers ou de bûcheronnage peut être nécessaire, utile, mais comporte des risques non négligeables. Une organisation sérieuse, un choix rigoureux des équipements, une méthode prudente et une bonne formation sont les garants de la sécurité.
Points clés à retenir :
- Ne jamais improviser un chantier : tout doit être anticipé.
- Porter les EPI adaptés, surtout pour l’usager de la tronçonneuse.
- Respecter les zones de sécurité, distances entre opérateurs, plans de chute.
- Stabiliser les troncs, éviter les effets de ressort, couper prudemment.
- Ne pas mélanger bétail et chantier sans prévoir des protections.
- Connaître ses obligations légales, responsabilités et s’assurer d’une couverture adaptée.
- Si les compétences manquent, faire appel à un professionnel ou suivre une formation.
Sources :
https://lorraine.msa.fr/lfp/sst/securite-travaux-bucheronnage
https://ain-rhone.msa.fr/lfp/sst/bucheronner-en-securite
https://ssa.msa.fr/wp-content/uploads/2018/12/Le-bucheronnage.pdf