- Par Christelle Dubois-Frapsauce
Gestion des myiases cutanées des ovins
Les myiases cutanées sont des affections causées par la présence et le développement de larves de mouches carnassières dans la peau. Ces maladies sont responsables de souffrances des animaux, de pertes économiques et de pertes de temps importantes pour les éleveurs.
Deux mouches sont classiquement présentes en France : Lucilia sericata et Wohlfahrtia magnifica.
La mouche verte ou Lucilia
On la trouve plutôt en plaine. Elle mesure moins d’1 cm de long et présente une couleur vert métallique. Elle vit 3 semaines au stade adulte. Les œufs sont pondus dans la laine essentiellement. En 12h, ils donnent des larves L1 qui se nourrissent de débris cutanés. Les stades 2 et 3 (5 à 16 mm de long) sont elles carnassières et se nourrissent de la peau. Enfin, la pupe va tomber au sol pour donner un nouvel adulte en 3 à 7 jour en été et sera la forme de résistance pour passer l’hiver. Dans des conditions très favorables (temps chaud et humide, voire orageux), le cycle a une durée minimale de 11 jours. La population de Lucilia peut donc devenir assez rapidement importante.

Wohlfahrtia magnifica
On la trouvait plutôt en altitude mais depuis plus de dix ans, elle est aussi présente en plaine dans le centre ouest (Poitou-Charentes, Haute-Vienne, sud de l’Indre).
De couleur terne avec un abdomen blanc et points noirs, mesurant de 8 à 14 mm, l’adulte est très difficile à voir et à piéger. La femelle pond directement les larves L1. Deux mues vont donner un stade L2 puis L3, de plus en plus gros (jusqu’à 1 cm de long et 2 mm de diamètre). Enfin le dernier stade larvaire qu’est la pupe tombe au sol pour donner un adulte ou s’enfoncer dans le sol pour résister à l’hiver, souvent plus profondément que les pupes de Lucilia.
Le cycle de développement est plus court que celui de Lucilia, en particulier en conditions favorables que sont une chaleur importante et une sécheresse prolongée. La population augmente alors très vite. Les larves possèdent des crochets qui leur permettent de s’accrocher à la peau et un tégument recouvert d’épines qui leur permettent de s’enfoncer dans les tissus en creusant des galeries.

Principales localisations des « asticots » et lésions
| Lucilia sericata | Wohlfahrtia magnifica |
|
Larves sur la laine ou en surface de la peau (petites) puis en surface des zones lésées quand la peau est dégradée (plus grosses).
Sur zones souillées (diarrhée) ou non. Sur le corps, croupe, entre les épaules, sur les côtes quand remontent du pied. Entre les onglons.
Apparition de taches brunes, prurit, pertes de laine, peau lésée plus ou moins profondément. Atteinte de l’état général des animaux si infestation sur une grande surface et/ou surinfections. Conduit à un isolement, un abattement. |
Larves fichées dans la peau perpendiculairement et serrées les unes contre les autres ou enfoncées dans des galeries creusées profondément.
Zones délainées, suintantes. Pieds avec échauffement ou piétin. Vulves en particulier en période de lutte ou si pose d’éponges. Conduit auditif, plaies de bouclage. Tête des béliers si lésions, fourreau.
Inflammation importante entraînant des douleurs voire de l’anorexie et un isolement. Boiteries, tuméfaction puis déformation du pied. Prurit vulvaire. |
Traitement
Myiases à Lucilia
Plus on intervient tardivement, plus l’étendue des lésions sera importante. La peau est une barrière de protection pour l’organisme : sa destruction sur une grande surface expose l’animal à un risque d’infection marqué. La mort de l’animal peut survenir rapidement.
En présence de taches brunes, tondre autour largement pour mesurer l’étendue de la lésion.
Tuer les larves avec un insecticide (organophosphoré, phoxim ou pyréthrinoïde, deltaméthrine ou cyperméthrine).
Nettoyer la plaie avec un antiseptique (eau oxygénée, POVIDUM solution… 0110058 ) et appliquer une préparation cicatrisante (PHYT-AP POMMADE 0100269 ).
Attention, si la plaie est très large l’insecticide peut aussi devenir toxique par sa pénétration rapide liée à la destruction de la barrière cutanée. La mort de nombreuses larves peut aussi provoquer une intoxination.
Myiases à Wohlfahrtia
Il faut commencer par tuer les larves avec un antiparasitaire externe afin qu’elles se décrochent : cela évite de créer des lésions supplémentaires en tirant dessus et évite de laisser au sol des larves vivantes de stade 3 qui évolueraient en pupe.
Les meilleurs résultats ont été obtenus avec de la deltaméthrine concentrée sous forme pour on avec un excipent épais en application sur la zone infestée. En cas de forte colonisation de la plaie par les asticots, faire précéder éventuellement d’un curetage rapide du plus gros des asticots pour améliorer la pénétration du produit.
Le lendemain, vérifier la disparition de tous les asticots morts au fond des blessures et cavités creusées avec si nécessaire, extraction manuelle à la pince de ceux-ci pour éviter une surinfection, application de HOOF FIT REPIDERMA ou PHYT-AP POMMADE pour la cicatrisation (rentrée conseillée des animaux).
La prévention des attaques reste la plus économique des approches
Économie de temps pour l’éleveur : les soins aux animaux atteints sont chronophages et la nécessité de multiplier les interventions devient vite démoralisante.
Économie de frais de médicaments : il faut souvent ajouter un traitement antibiotique pour limiter les surinfections lors de plaies étendues ou profondes.
Économie par la préservation de la santé des animaux : la douleur est invalidante, les plaies peuvent être longues à cicatriser, la réforme des animaux est parfois inévitable. Économie aussi par l’absence de mortalités.
Prévention sanitaire :
Maîtriser les facteurs de risques est FONDAMENTAL.
Myiases à Lucilia
- La tonte de printemps pour les adultes et d’été pour les jeunes est importante.
- Limiter autant que possible le risque de diarrhée et surveiller de près les animaux qui en présentent.
Myiases à Wohlfahrtia
- Traiter et prévenir les affections et les lésions des pieds (mal blanc, piétin…).
- Soigner les blessures à la tête des béliers (HOOF FIT REPIDERMA 0110031 ).
- Couper la queue mi-longue pour que la vulve soit recouverte.
- Rentrer si possible 24h les brebis à la pose et la dépose des éponges. En cas d’impossibilité, l’application d’un insectifuge (CIGENAT 0110260 ou TIKEPUCE 0104164 ) ou d’un insecticide en pour on sur la zone de la vulve est fortement recommandée.
Cette application est également fortement recommandée avant la mise en lutte naturelle. Appliquer également l’un de ces produits sur la tête des béliers.
Pour les deux types de myiases, la complémentation alimentaire avec un seau minéral enrichi en ail pour un effet répulsif via la sudation est une aide supplémentaire : ALIMAL OLIGO VRSAIL 0200423 ou B BLOC VRSAIL 0200631 . Prévoir un seau / 20 brebis durant toute la période à risque. Mouiller le seau et le fragmenter en cas de sécheresse pour faciliter sa consommation
Protection corporelle :
- Dicyclanil : au moins 3 semaines après la tonte.
Contre Lucilia, bien respecter la dose recommandée par classe de poids, avec 35 ml par adulte en deux zones d’application. Cela permet d’avoir effectivement la rémanence annoncée de 16 semaines.
Contre Wohlfahrtia : faire obligatoirement la dose complète à raison de 0,6 ml / kg sans stop dose (¼ de dose des épaules au milieu du dos, ¼ de dose de la queue au milieu du dos, ¼ de dose en arrière de chacune des cuisses), en pulvérisant le produit à 45 cm de distance de la toison pour obtenir une bande de 10 cm de large (Rémanence testée : 7 à 8 semaines). Prévoir une semaine sans pluie forte après application.
Autres solutions à rémanence plus courtes :
- deltaméthrine : une dose (5 ml / brebis, 2,5 ml / agneau) en Pour-On sur la peau de la ligne du dos en prévention (Rémanence : 4 à 5 semaines),
- insectifuges naturels (Géraniol, eucalyptus citriodora par exemple : les rémanences sont de l’ordre de 2 à 3 semaines (CIGENAT M , TIKEPUCE élevage 01041364 , SOLIBIANCE 0104166 )
- En pédiluve : MIP (diluer 1/2 l de MIP pour 100 l d’eau). Il est possible contre Wohlfahrtia, de faire des pédiluves avec insecticides (phoxim ou deltaméthrine à diluer). La durée de protection n’est que d’une dizaine de jours.
Pour ces parasitoses, compte tenu de leur coût, la meilleure arme reste la PRÉVENTION.
Dans les deux cas des solutions existent pour gérer au mieux le problème mais il faut les mettre en œuvre.
