- Par Delphine Daniel
Aller plus loin avec l’aromathérapie : confort respiratoire et maladies infectieuses
Cet article fait suite à celui paru dans le numéro 961 (janvier 2025), « Aromathèque de base ». Il a pour objectif de constituer une aromathèque plus spécialisée dans les troubles infectieux (respiratoires et purulents).
L’achat et l’utilisation de ces huiles essentielles ne convient pas à tous les élevages. Elles s’adapteront dans votre exploitation si les problèmes majeurs rencontrés sont liés à des toux, des saisies pour pleurésies, des boiteries, des abcès ou des mammites avec lait modifié. Un dernier article sera publié ultérieurement pour aborder les huiles essentielles hormonales et antiinfectieuses adaptées aux maladies de la reproduction (gestion des chaleurs, des mises bas et les troubles infectieux et immunitaires des jeunes agneaux).
Dans cet article, vous trouverez les huiles citées sous forme de fiches à collectionner. Elles sont reprises individuellement, leurs propriétés et usages sont détaillées. Les fiches Eucalyptus globuleux, Tee trea, Girofle, Estragon, Lavandin super sont dans le numéro 961.
Pour rappel, on utilise en général des mélanges allant de 2 à 10 % d’huiles essentielles (soit 2 ml d’huile essentielle pour 20 à 100 ml d’huile ou de baume) et des compositions à base de 2 à 4 huiles essentielles maximum. L’objectif est d’identifier les HE qui ciblent le mieux les symptômes / cibles visées (toux grasse, toux sèche, défaut d’immunité, refroidissement…).
Confort respiratoire et hygiène de l’ambiance
E. globuleux, E. radié, thym à thymol, pin sylvestre, niaouli, ravintsara
- L’eucalyptus globuleux de votre aromathèque de base, utilisé seul est parfois insuffisant quand les facteurs d’ambiance et de stress sont très dégradés.

Les mélanges d’HE à visée respiratoire sont à diluer dans de l’huile et à pulvériser sur les litières ou à mettre à disposition olfactive, pures, imprégnées sur des tampons ou les barrières en bois. Il est possible de les utiliser en nébulisation (pulvérisation de microgouttelettes d’huile dans l’air). La nébulisation rend la pénétration des huiles plus profonde, donc intéressante pour des pneumonies, moindre pour des rhinites. Elle nécessite cependant un matériel adapté et parfois onéreux (notamment si la bergerie est grande).
- L’eucalyptus radié : moins irritante, d’action plus profonde que l’Eucalyptus globuleux. Cette HE est plus adaptée en cas de toux sèches, de bronchites ou de pneumonies quand l’Eucalyptus globuleux sera plutôt utilisé en cas de toux grasses, de mouchage et de rhinotrachéites (toux quinteuse, grasse, fièvre modérée). Comme tous les eucalyptus, ils peuvent être irritants et aggraver la toux à long terme. Leur usage doit être limité dans le temps et arrêté si la toux ne s’améliore pas dans les 5 jours qui suivent le démarrage du traitement.

- Thym à Thymol : le thymol oriente la réaction immunitaire et possède des propriétés antibactériennes notables. Le contrôle des infections diverses (respiratoires et digestives) est son intérêt majeur. Il peut être utilisé avec d’autres huiles essentielles anti-infectieuses ou avec des antibiotiques dont il augmente l’efficacité.

- Pin sylvestre : antitussif, cicatrisant, décongestionnant. Il est un bon allié des maladies respiratoires qui traînent et qui fatiguent. On l’utilise également pour améliorer le confort respiratoire en milieu irritant (poussières, ammoniaque)

- Niaouli(melaleuca quinquenervia) : expectorant, antibactérien, lutte contre la fièvre. On l’utilisera surtout en cas de toux grasses, de nez sale ou en cocktail lors de maladies respiratoires violentes (en association avec des antibiotiques ciblés évidemment).

- Ravintsara (feuilles de cinnamomum camphorea) : stimule le système immunitaire, antibactérien, mucolytique (aide à évacuer les sécrétions). Son usage est plutôt consacré aux jeunes animaux avec de fortes fièvres. Elle présente une relative sécurité d’emploi notamment chez le nourrisson, ce qui le fait préférer à l’eucalyptus sur les ruminants de moins de 3 semaines.

Quelques situations et cocktails associés :
- Troupeau de chevrettes d’un mois, chèvrerie chaude et peu ventilée, toux chronique avec baisse de croissance. A cause de l’ambiance dégradée on choisira le pin sylvestre, du fait des pertes de croissance la pneumonie n’est pas exclue, on ajoutera donc de l’eucalyptus radié et du thym. Pour adoucir ce mélange, du niaouli est possible notamment si la toux est importante. Le dosage respectif dépendra de l’importance de chaque cible (si ça tousse beaucoup, on met davantage de niaouli, si le lot est très hétérogène, surtout du thym).
- Brebis au printemps, mouchage épais, matinal, avant la mise l’herbe, nez propre le soir à la rentrée en bergerie, sans perte d’état. Pour gérer l’infection, le thym est possible (remplaçable par du laurier noble si le nez est très collé cf paragraphe suivant) avec de l’eucalyptus globuleux. Pour déboucher le nez et enlever les croûtes, ravintsara et niaouli sont indiqués.
- Broutards sevrés, rentrés à l’étable fièvre importante et difficultés à respirer. Sous réserve d’une consultation vétérinaire pour gérer les risques vitaux, vous pouvez gérer l’immunité (déprimée par le stress du sevrage et de la rentrée) avec du ravintsara, lutter contre l’infection avec eucalyptus radié et thym (si l’ambiance est bonne) ou pin (si le bâtiment est moins adapté), cumulable avec le traitement antibiotique et l’aspirine que pourra avoir prescrit votre vétérinaire.

Infections bactériennes purulentes et récalcitrantes
Tea tree, Laurier noble, Thym CT thymol, Cannelle de chine, Girofle
- Le tea tree est polyvalent et compétent mais quand les infections deviennent purulentes et rebelles au traitement, une association d’HE est souvent bénéfiques (à noter que ces HE potentialisent aussi l’effet de certains antibiotiques)
Le tea tree, le thym à thymol et le girofle ont été décrits précédemment (Bulletin de l’Alliance N°961 et paragraphe précédent).
- Le laurier noble est utilisé pour toutes les maladies purulentes d’autant qu’il permet également de limiter la douleur. C’est l’huile essentielle de référence des infections « sales », purulentes et nauséabondes. Il est utilisé en association le plus souvent avec d’autres huiles essentielles voire des antibiotiques (notamment pénicillines).

La cannelle de chine (cinnamome cassia) a une action anti-infectieuse plutôt ciblée (bactéries digestives, staphylocoques et mycoplasmes) ce qui la rend assez adaptée aux infections mammaires, cutanées et digestives. Comme le girofle, elle est utilisée lors des infections par temps froids ou que le froid aggrave. Elle doit toujours être utilisée diluée.

Quelques exemples concrets
Boiteries basses avec onglons malodorants sans perte d’état : l’association tea tree/thym pour gérer les troubles infectieux, avec l’ajout de laurier noble pour gérer le pus est envisageable. En cas de complication par des myiases ou de risque d’attaque (conditions météorologiques, attaques sur d’autres animaux du lot…), l’ajout de lavandin est possible (cf n°961).
Infection mammaire hivernale avec lait modifié (grumeau ou aspect de cidre) mais sans pus, ni déformation de la mamelle : un massage avec un baume contenant du tee trea et du thym pour gérer l’infection auquel on ajoute cannelle, girofle pour réchauffer la mamelle et limiter le risque de gangrène fréquent en hiver et début de printemps.
Arthrite du jeune avec douleur importante, léger gonflement de l’articulation : réflexe anti-infectieux, le tea tree et le thym seront la base du traitement local, le gonflement sera géré par le laurier noble qui agira également sur la douleur. L’action antidouleur sera complétée par le girofle.





